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Le casse du Louvre – une affaire pas très catholique

Faut que je vous raconte, mes petits loustics, parce que celle-là, elle vaut son pesant de cacahuètes trempées dans le champagne tiède. Le genre d’histoire où même un pigeon de la place du Carrousel en perdrait ses plumes, et croyez-moi, ils en ont vu passer, des touristes avec des sandales et des chaussettes.

Ça commence un matin grisâtre sur Paris. Le genre de matin où le ciel vous regarde comme un percepteur en fin de mois. Moi, j’étais peinard, en train de siroter un jus de chaussette vaguement caféiné dans mon bureau, quand le téléphone se met à brailler comme un cochon qu’on égorge. Mauvais signe.

« Allô ? » que je lâche, avec la délicatesse d’un bulldozer enrhumé.

Et là, au bout du fil, une voix toute pincée, bien amidonnée, le genre à repasser ses chaussettes avant de les enfiler.

« Commissaire… il s’est passé quelque chose au Louvre. »

Le Louvre. Rien que ça. Pas la supérette du coin, hein. Non, le gros morceau. Le temple du pinceau et du marbre. Le sanctuaire où même les tableaux ont l’air de vous juger.

« Quelque chose comment ? »

« Un cambriolage. »

Là, j’ai reposé mon café. Lentement. Parce que quand quelqu’un vous dit qu’on a cambriolé le Louvre, soit il est fou, soit le monde vient de basculer sur son axe comme une vieille toupie fatiguée.

J’arrive sur place. Devant la pyramide, ça grouille comme une fourmilière sous amphétamines. Des flics partout, des types en costume qui transpirent la paperasse, et même un journaliste qui tente de faire sérieux alors qu’il a encore la trace de l’oreiller sur la joue.

Je passe les barrières, je montre ma plaque, et hop, me voilà dans le saint des saints.

Et là… le choc.

La salle est vide. Enfin, pas complètement vide, mais disons qu’il manque un détail. Un petit truc insignifiant. Une broutille de rien du tout.

La Joconde.

Disparue.

Volatilisée.

Envolée comme une promesse électorale après les élections.

Je reste planté là, les bras ballants, à regarder le mur comme un type qui vient de se faire larguer par sa fiancée et qui comprend toujours pas pourquoi.

« Vous êtes sûr ? » que je demande, histoire de vérifier que personne n’a juste décidé de faire une blague à deux balles.

« Absolument, commissaire. »

Évidemment. Ça aurait été trop beau.

Je fais le tour. Pas de vitre brisée, pas d’alarme déclenchée, pas de gardien assommé. Rien. Le casse parfait. Propre. Net. Sans bavure.

Le genre de boulot qui vous donne envie d’applaudir… avant de vous rappeler que vous êtes censé arrêter le type.

Je commence à poser des questions. Les gardiens, les techniciens, les types qui passent le balai… tout le monde y passe. Mais rien. Le néant. Le vide intersidéral. Même un poisson rouge aurait donné plus d’indices.

Et puis, y a ce détail. Un truc qui cloche. Un machin qui gratte le cerveau comme une étiquette mal arrachée.

Sur le sol, juste en dessous de l’endroit où trônait la Joconde, une trace. Une petite trace. Une empreinte. Pas de chaussure classique. Non.

Une semelle avec un motif… en forme de canard.

Oui, vous avez bien entendu. Un canard.

Je regarde ça, et je me dis que soit le voleur a un sens de l’humour très particulier, soit je suis tombé dans un cirque sans m’en rendre compte.

Je fais analyser l’empreinte. Résultat : une chaussure rare, fabriquée en série limitée par une boîte italienne spécialisée dans les excentricités vestimentaires pour milliardaires qui s’ennuient.

Autant dire qu’on tient une piste. Une vraie.

Je creuse. Je remonte les ventes. Et là, bingo. Un nom ressort.

Un certain Vittorio Bellucci.

Collectionneur d’art. Amateur de pièces rares. Et accessoirement, type louche comme un baril de serpents.

Je saute dans une bagnole et direction son hôtel particulier. Un truc immense, avec plus de dorures qu’un gâteau de mariage russe.

Je sonne. On m’ouvre. Un majordome tiré à quatre épingles, tellement raide qu’on dirait qu’il a avalé un balai.

« Monsieur Bellucci n’est pas là. »

Évidemment. Ils sont jamais là, ces gens-là. Comme par hasard.

« Et il est où, votre patron ? »

« En voyage. »

« Où ça ? »

« Je ne suis pas autorisé à le dire. »

Classique. Le type parfait pour me donner envie de tout retourner.

Je force un peu le passage. Je visite. Et là… jackpot.

Dans une pièce cachée derrière une bibliothèque (oui, cliché, mais efficace), je tombe sur une collection d’œuvres d’art qui ferait pâlir un musée entier.

Des tableaux, des sculptures… et au centre…

Une caisse.

Je m’approche. Je l’ouvre.

Vide.

Mais à l’intérieur, une étiquette. Une simple étiquette.

« Livraison prévue – 48h »

Le type a pas encore la Joconde. Il l’attend.

Donc le voleur… c’est pas lui.

Non. Lui, c’est juste le client.

Et là, mes petits amis, ça devient intéressant.

Parce que ça veut dire qu’on a affaire à un réseau. Un truc bien huilé. Une mécanique de précision. Le genre de bande qui ne laisse rien au hasard.

Je ressors, le cerveau en ébullition. Je réfléchis. Je recoupe. Et d’un coup, ça me frappe.

Le canard.

Pas un hasard. Un symbole.

Un signe.

Je fouille dans mes vieux dossiers. Et je retrouve un nom.

Un surnom plutôt.

« Le Canard ».

Un voleur insaisissable. Un fantôme. Un type qui a déjà réussi des coups impossibles.

Et là, il vient de décrocher le pompon.

Le Louvre.

La Joconde.

Rien que ça.

Je souris. Parce que je sens que la partie va être drôle. Dangereuse, certes. Mais drôle.

Et moi, quand ça devient drôle…

Je suis jamais très loin.

La suite ?

Disons simplement que dans cette affaire, y aura des courses-poursuites, des coups tordus, et quelques baffes bien placées. Parce que le Canard, aussi malin soit-il, il va finir par se prendre les pieds dans ses plumes.

Et ce jour-là…

C’est moi qui ramasse.